Le motif peut surprendre, comme le souligne le journal Le Monde, : "Le projet dans les termes du texte envisagé pour être apposé sur le monument commémoratif porte atteinte à la neutralité qui sied à ce lieu et est susceptible de heurter, créant ainsi un risque de trouble à l'ordre public". Je ne pensais participer à une manifestation risquant de troubler l'ordre public !
Qui est donc ce dangereux pertubateur ?
Tran Van Ba est né le 14 mai 1945 dans une famille au destin lié à l'histoire politique du Vietnam et à la lutte contre les communistes. Son grand-oncle, Bui Quang Chieu, fondateur du Parti constitutionnaliste du Vietnam en 1919, a été assassiné, en 1945, avec ses quatre fils et sa fille par les communistes. Son père, Tran Van Nan, a été ministre d'Etat chargé de l'économie dans le premier gouvernement indépendant du Vietnam alors dirigé par l'empereur Bao Daï. Il passe ensuite de longues années dans l'opposition. Le 7 décembre 1966, après s'être déclaré candidat à l'élection présidentielle, il est, à son tour, tué à Saïgon.
Tran Van Ba est exfiltré en France par ses proches un mois après la mort de son père. A partir de la prise de Saïgon, le 30 avril 1975, par les communistes, il ne cessera plus de lutter contre ce régime. Président des étudiants vietnamiens de Paris de 1972 à 1980, il dénonce "les exécutions sommaires", les "camps de rééducation", "l'expansionnisme militaire au Cambodge et au Laos et l'exode des boat people".
Rentré au Vietnam en juin 1980, il y est exécuté le 8 janvier 1985 malgré les protestations internationales dont celles de Valéry Giscard d'Estaing, Simone Veil ou Laurent Fabius.
Depuis, chaque année, ses proches célèbrent fidèlement à Paris son souvenir. "Nous voulions juste ériger une stèle avec une courte inscription rappelant son engagement, souligne son frère que je connais, Tran Van Tong, la Belgique et les Etats-Unis ont déjà honoré sa mémoire en donnant son nom à divers lieux, la France a cédé à l'ingérence du Vietnam."
Je ne peux pas croire que notre Ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui a assisté à la cérémonie mortuaire à Paris en 1985 et la Mairie de Paris
aient cédé à des pressions venant du Vietnam...
En tous les cas, si le nom de Tran Van Ba n'est pas inscrit sur une stèle, il est inscrit dans notre coeur au nom de la liberté.
